Alfasud : voir Naples et mourir

Je tiens à remercier Alfajedi et Fred Bzh pour leur contribution à la réalisation de cet article! Merci à eux.

« -Giuseppe, il est où le ciment pour coller le tuyau d’évacuation ?
-Marco, débrouille-toi, moi je cherche les parpaings pour monter les murs de la voiture et après je dois poser les porte-fenêtres et le toit ! »

Paroles de maçons ? Oui, tout à fait !
La chaîne de montage des Alfasud a privilégié, au début les ouvriers qui avaient fabriqué l’usine de Pomigliano d’Arco près de Naples, conformément aux accords passés avec les syndicats.

Et passer un accord avec les syndicats napolitains- et encore, quand je dis « passer un accord », c’est comme regarder le film « le Parrain » en pensant que c’est une fiction- dans les années 60 hyper-politiquées à gauche de la gauche était encore plus difficile que de demander aux Brigades Rouges d’être « Peace and Love » !

Donc ce sont des ouvriers absolument pas formés à la construction automobile qui se sont retrouvés du jour au lendemain ouvriers de l’automobile. Ceci expliquant cela, mais on y viendra…

Donc cette belle région du sud de l’Italie souffrait d’un exode massif de sa population vers le nord du pays. Les calculs faits par l’Etat italien montraient d’ailleurs, qu’à terme, en dessous de Rome, il ne resterait que quelques vieux italiens assis sur un banc, dans les 30 ans à venir.

Donc ils ont dit à Alfa qui possédait 2 usines dans le Nord dont la fameuse et très connue celle d’Arese : vous allez fabriquer des bagnoles de m…, bas de gamme, dans le sud, c’est un ordre !
Alors même si on n’a pas envie, quand on appartient à l’Etat italien, depuis sa nationalisation d’après-guerre, on s’exécute ! C’est Fiat qui n’a pas été content du tout de voir Alfa Romeo marcher sur ses plate-bandes avec les modèles qui entraient en concurrence directe avec les siens !

Mais le projet a été accepté et la nouvelle usine s’est créée à côté de l’autre, dans le sud.

Quelle autre ? Mais celle qui fabriquait les moteurs d’avions ! Pfff, heureusement qu’on est là pour vous expliquer l’histoire de votre marque préférée !

Et attention, hein ? Bientôt il y aura interro-surprise-flash sur demi-feuille à petits carreaux, alors haut suivre, hein !!

Reprenons : ah non, c’est chiant l’histoire, j’ai plus envie, tiens !

Donc l’Alfasud est une traction avant ! Glups ! J’imagine la tête des alfistes quand on leur a dit que cette chiotte qu’on leur présentait au salon de Turin en 71 était fabriquée par des maçons dans le sud de l’Italie, qu’elle était mal assemblée, qu’elle n’avait pas de compte-tours, un petit moteur de 1200 cm3, qu’elle rouillait plus vite que ne tombe la pluie et que, pour couronner le tout, c’était … une traction !

Je crois que c’est là qu’on a perdu la foi pour la première fois chez les alfites ! Comme on dirait, la pilule ne passait pas, c’était la fameuse et bien connue crise de foi !

Malgré ces « petits défauts », l’Alfasud avait pourtant des atouts : un dessin de Giugiaro, 4 freins à disque, une suspension moderne, surtout pour l’avant pour une tenue de route de très bonne qualité et ce petit boxer (non, pas le maillot de bain), donc je disais un petit boxer (non, pas le chien non plus !).
Ha, je vois : un boxer est un moteur à plats à pistons inversés avec vilebrequin central, c’est aussi appelé Flat4 ou flat6 chez Porsche par exemple.

Le moteur de l’Alfasud de 1186cm3 affichait une puissance de 63 ch à 6000t/min (pointu le moulin !) et un couple de 83Nm à 3500t/min pour une Vmax de 153km/h.
Hé toi, dans le fond de la classe, arrête de ricaner : 153 à l’époque c’était déjà une bonne valeur pour une petite voiture familiale!

J’aime bien ceux qui ricanent, ça m’oblige à être plus précis !
Alors sa concurrente chez Fiat était cette espèce de boite de conserve, la Fiat 128, dont on se demande encore comment elle a pu obtenir le titre de « voiture de l’année » en 1970… Il n’y avait pas de concurrence ou quoi ?
La 128 disposait de 2 moteurs, un 1.1l et un 1.3l de respectivement 55 et 67 ch (pour la version « sport ». en France c’était la 204 et la Simca 1100. Pas des foudres de guerre non plus !

Mais on s’en fout de la concurrence, concentrons-nous sur notre Alfasud et ses 63ch !
« On en vient quand à l’Alfasud Sprint du Jeidi ? On a bien compris que les Alfasud, c’est de la m… alors abrège !’

Tssss, tsssss ! Taisez-vous bande d’incultes sinon je passe direct au dessert et je vous annonce que vos 159 ont été produites, elles aussi, dans cette usine de Naples !

Tiens ?! Le silence est revenu !?

Alors je continue, j’aime bien avoir votre attention ! Lol !

Bon, vous m’avez déconcentré, où en étais-je ?

Ah oui, voilà ! Donc l’Alfasud a déçu les alfistes qui n’aiment pas, hier comme aujourd’hui, qu’on leur change leurs petites habitudes et manies de vieux garçons. (Non, le lancer de tomates pourries, c’est à la fin !).
A son lancement, en 1971, elle avait des intérieurs en skaï, des tapis en caoutchouc… pour cacher la rouille, bien sûr, un moteur qui était vivant mais manquait un peu de coffre, pas de servo-frein ni de compte-tours mais le succès fut immédiat : on pouvait rouler en Alfa pour un tarif compétitif et la marque de Milan réussit le tour de force d’élargir sa clientèle.
Pour info le Phénix a recommencé en 2000 avec la 156 !
Dès 1974, Alfa corrigea le tir avec des intérieurs tissus, des appui-têtes, le fameux compte-tour et surtout un moteur revu pour délivrer plus de couple et plus bas dans les tours, profitant de l’opération pour l’appeler « L », pour Lusso/luxe.Pour parfaire le tableau, un traitement anti-rouille efficace apparu en 75, en même temps qu’une nouvelle boite à 5 vitesses.

Intérieur 1.2

Et la fameuse Ti dans tout çà ? Elle, elle est apparue en 73, en version 2 portes. Oui, l’Alfasud au début n’avait pas un hayon, c’était une fastback avec vitre arrière fixe et un petit coffre. Apparue avec un moteur de 68ch en BV5 et un équipement spécifique typé sport dont le bloc optique à 4 phares ronds, le spoiler et le béquet arrière qui lui donnait ce look de sportive qui plaisait tant à l’époque, le moteur évolua en 76 pour adopter ce fameux 1300cm3 de 76 ch qui commence à nous parler.

Alfasud Ti 1.3

Le restylage de 1977 amena son lot de petites nouveautés esthétiques parmi lesquelles les pare-chocs avec moins de métal et plus de plastique pour coller à l’air du temps, des moteurs inchangés mais pas pour longtemps puisque l’année suivante, en 1978, Alfa introduisait un 1.4 de 71ch tandis que la Ti adoptait un boxer 1.5l de 84 ch, issu du 1.3, qu’elle partageait avec le Sprint.
Plus puissant mais moins bouillant le berlingot puisque le régime passait de 6250 à 5800 t/min pour la puissance maxi. Et toujours un carbu double corps , 4 freins à disques et double servo : 1 servo pour la voiture et un cerveau pour son pilote! Hé oui, quel fou pourrait penser emmener cette voiture à 170 chrono ?

Alfasud 1.2L

Alfasud Ti 1978

Alfasud 1979

Toujours bien agitée l’Italie dans ces année-là avec l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro par les Brigades Rouges.
Et nous voilà en 1980. Michel Berger avait une groupie (du pianiste), tandis qu’elle disait de lui qu’il jouait du piano debout. Bien loin du Téléphone qui trouvait l’Argent trop cher. Giscard se préparait à laisser sa place à Mitterrand au sommet de l’Etat de même qu’en Italie Andreotti allait laisser sa place à Cossiga au poste de Président du Conseil.
Bon, tout çà on s’en fout, mais Alfa sortait la version 2 de son Alfasud et çà c’est important !
Un restylage plus profond esthétiquement, mais avec les mêmes moteurs 1.2l BVM4 et BVM5, 1.3l et 1.5l. Et surtout l’apparition du hayon.
Les moteurs de Ti prenaient aussi quelques chevaux avec respectivement 86 et 95 ch pour les 1.4l et 1.5l.
On peut dire que ce modèle a connu de nombreuses évolutions puisqu’en 81 les Ti ont adopté définitivement le hayon pour devenir des… 3 portes.

Le Quadrifoglio Oro désigne l’Alfasud 1.5l moteur à carbu double corps 5 portes apparue en 82 avec un hayon, adopté par toute la gamme, mais dotée d’un intérieur spécifique amélioré et typé luxe : du velours pour les sièges, du chrome et du bois pour le volant.
Et la QV (Quadrifoglio Verde) ? Dotée à sa sortie en 1982 d’un V6 2.9l biturbo de 510 ch, elle a évolué vers une version QV Q4 S à l’instar des Audi RS avec un moteur poussé à 560ch… euh, non, je crois que j’ai sauté quelques lignes de l’histoire de la marque…
Celle-là avait un 4 cylindres boxer 1.5 de 105 ch, ce qui est une belle valeur mais que sa cousine Fiat allait mettre à mal avec sa Ritmo Abarth 1.6l 105 TC qui allait devenir 125 puis 130TC en 2litres.

Alfasud Ti 1984

Mais les meilleures choses ont une fin et l’Alfa du Sud tirera sa révérence en 1984 envoyée à la retraite par sa remplaçante, l’Alfa 33.

Et le Sprint ? Je ne l’ai pas inclus dans cet historique car il est à mon avis un modèle à part entière.

Alors s’il vous reste des yeux et un peu de temps, je vais vous raconter son histoire dans la seconde partie.
Dans le Sport Auto de juillet 1978, le journaliste titrait « deux petites merveilles » à propos de l’Alfasud Ti et du Sprint 1500, commençant son article en disant : « chez Alfa, les nouveautés ne se suivent pas, elles se bousculent ! »

Il disait aussi qu’à 6000t/min, le niveau sonore dans la voiture restait très acceptable… ce brave journaliste était-il déjà sourd à l’époque ?
Quoi qu’il en soit, il ne tarissait pas d’éloges sur ces 2 modèles ! Et devinez quoi !? Dans cet article on parle de Volkswagen et de sa Sirocco pour dire que leur ressemblance esthétique vient probablement du fait qu’elles partagent le même designer, Giugiaro.

Quand je lis un article aujourd’hui dans la presse automobile généraliste, tout est comparé à un modèle du groupe VAG, même le paysage !

Et ça donne :  » La nouvelle XXX de chez AAA est très plaisante à conduire dans ce paysage féerique où nous avions essayé l’an dernier la ZZZ de VW, mais il était encore plus beau, surtout de ¾ arrière où la rétrovision est moins bonne que sur la ZZZ de VW ou même la YYY de chez Skoda. » Pffff !

Au moins les journalistes, à l’époque, nous gratifiaient de phrases savoureuse, à l’instar de celle-ci :
« Jamais de sous-virage brutal, même sur le Ricard, en la jetant sans aucune retenue » Savoureux, sorti du contexte ! De quoi sortir le slogan : « Une Alfa, 2 Ricard, 3 raisons d’être peinard ! »

Alfasud Trofeo

Le Staff

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